BirdLife sur les plans stratégiques de la PAC : Transition vers une agriculture durable introuvable

Alors que la Commission européenne analyse intensément les CSP soumis pour rendre son verdict sous la forme de lettres d’observation, les partenaires de BirdLife dans huit pays – Autriche, Chypre, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Pologne, Slovénie, Espagne – ont également examiné le CSP de leur pays pour offrir leur point de vue.

Bien que les défis et les problèmes diffèrent d’un pays à l’autre, le tableau d’ensemble est clair et plutôt sombre. Les plans stratégiques de la PAC sont loin de répondre aux nombreux défis liés à l’alimentation et à l’agriculture. Les fonds qui prennent 1/3docteur du budget de l’UE sont peu susceptibles d’entraîner la transformation de l’agriculture dont notre planète et les agriculteurs eux-mêmes ont désespérément besoin. Au lieu de cela, ils risquent d’enfermer les agriculteurs dans un modèle agricole non durable, qui alimentera la crise climatique, contribuera à l’éradication de la biodiversité et détruira les moyens de subsistance des agriculteurs.

Les principaux résultats de notre analyse montrent que :

  1. Fonds CAP (notamment aides couplées volontaires, aides à l’investissement, mais aussi AECM et éco-régimes) sont susceptibles de continuer à stimuler l’intensification, à subventionner le secteur de l’élevage et à soutenir les actions susceptibles de nuire à l’environnement. La poursuite des subventions préjudiciables à l’environnement a un coût énorme pour la société et bloque des ressources qui pourraient être utilisées pour produire des résultats positifs pour la nature, comme indiqué dans la récente étude Financer notre survie : Construire une économie favorable à la nature grâce à la réforme des subventions.
  2. Faible conditionnalité ne parvient pas à assurer une protection adéquate de l’eau, des zones humides et des tourbières et à créer un espace pour la nature dans les exploitations agricoles. Cela résulte d’un cadre communautaire inadéquat autorisant diverses exemptions et d’une mise en œuvre nationale peu ambitieuse. Une ligne de base fragile remet en question l’ensemble de l’architecture verte et sa capacité à atteindre un niveau d’ambition environnementale et climatique plus élevé.
  3. Les systèmes écologiques ne procurent pas d’avantages environnementaux et sont même susceptibles de causer des dommages à l’environnement. Les éco-régimes sont le nouvel instrument de cette réforme de la PAC et devraient orienter 25% des 1st des fonds piliers en faveur de pratiques respectueuses du climat et de l’environnement. Même si quelques bons programmes ont été inclus, ils sont généralement sous-financés. Une grande partie des fonds réservés aux programmes écologiques soutient des mesures inefficaces de type verdissement ou d’autres pratiques aux avantages environnementaux douteux. Cette observation est conforme aux conclusions de notre précédente évaluation de novembre 2021
  4. Les mesures agroenvironnementales et climatiques soutiennent les faux programmes tandis que les programmes efficaces sont sous-financés ou peu attrayants pour les agriculteurs. Il semble que les États membres n’aient pas utilisé la réforme de la PAC pour réorganiser et améliorer la prestation environnementale et climatique des programmes agroenvironnementaux existants, mais aient plutôt opté pour la poursuite des mêmes régimes et de petites modifications. À l’instar des éco-régimes, les ressources allouées aux mesures agroenvironnementales et climatiques soutiennent les « faux régimes » avec des résultats environnementaux douteux. Cela pose la question de savoir dans quelle mesure le cantonnement de 35 % dans le cadre du 2n / A pilier offre vraiment pour l’environnement et le climat.

Plus de détails sur les CSP nationaux :

La transformation des systèmes alimentaires et agricoles européens est plus que jamais nécessaire et pas seulement pour atteindre les objectifs fixés par le Green Deal européen et le Farm to Fork & Biodiversity. Mais plus important encore, c’est crucial car si l’agriculture n’est pas mise sur la voie de la durabilité et de l’agroécologie, la destruction déjà dévastatrice de nos écosystèmes s’accélérera et menacera la capacité de l’Europe à produire de la nourriture à long terme. Le temps d’agir est court et l’Europe ne peut attendre cinq ans de plus une nouvelle « réforme » décevante de la PAC. C’est la seule chance pour l’UE de faire en sorte que cette PAC soit réellement bonne pour notre planète.

Et pour ce faire, la Commission européenne doit donner un signal clair aux États membres que des améliorations sérieuses de leur plan stratégique de la PAC sont une condition préalable à leur approbation. Leurs plans doivent éliminer les subventions nuisibles, inclure une forte conditionnalité et rediriger les fonds des programmes et pratiques de gestion des terres inefficaces vers des activités qui seront en fait bénéfiques pour la nature et le climat. A défaut, la PAC perdra tous les vestiges de sa légitimité déjà entachée.

Ce travail suit et complète les évaluations précédentes réalisées par BirdLife et l’EEB Plans stratégiques CAP – sont-ils susceptibles de tenir les promesses données ?